Adhérent à l’association depuis un certain nombre d’années, je tenais à faire un compte rendu peut-être utile pour les autres adhérents de l’ensemble des difficultés et des moyens mis en œuvre pour les contourner et pour gérer un dyspraxique. Il existe de nombreux témoignages concernant les jeunes dyspraxiques mais beaucoup moins pour ceux qui se retrouvent dans les études supérieures.

Le dyspraxique s’appelle Jean Pierre (prénom fictif), je suis son grand-père et pour des raisons conjoncturelles difficiles à résumer ici je me suis chargé de son éducation scolaire a/c du CE2. Il a 23 ans à ce jour. J’ai été professeur agrégé de sciences physiques.

Jean Pierre a toujours été intéressé par les sciences. Très passionné par les études il a toujours été un très bon élève 12 félicitations sur 12 jusqu’en 3ème. A la fin du cycle 4 on commence à se rendre compte que sa dyspraxie va lui jouer des tours même si jusqu’ici il a compensé le trouble. Il n’a bénéficié de 1/3 temps seulement pour le DNB. En seconde on oublie le tiers temps, il passe en 1ère S. Résultats toujours élogieux mais…écrit de français du bac. Il obtient 6/20 ! Douche froide. Les copies récupérées au rectorat montrent que le(la) correcteur(trice) n’a pas lu, trop pénible, écriture trop difficile à déchiffrer. Je reprends la copie sur ordinateur et la confie à un ami professeur de français pour la corriger sans lui en indiquer les raisons. Il la note à 14/20. Conclusion, ne pas hésiter à faire appel à un secrétaire dans le cas des dyspraxiques et pour les examens. Cette note plombe les résultats finaux mais le bac S est obtenu avec mention B à l’aide d’une AVS pour la copie (18/20 en SVT !).

Jean Pierre est maintenant passionné par la SVT (= sciences et vie de la terre). Pour travailler l’habileté pratique qui fait naturellement défaut aux dyspraxiques, il opte pour une formation en IUT génie biologique. Les deux ans de formation se passent plutôt bien avec un 1/3 temps plus ou moins accepté. Il faut expliquer le problème et convaincre les professeurs de l’origine de la lenteur. Au final il termine 5ème d’une promotion d’environ 70. C’est gagné, mais avec un travail plus intense que la moyenne.

Jean Pierre veut alors se réorienter en cycle long pour faire éventuellement de la recherche (doctorat) ou de l’enseignement (CAPES) il n’est pas encore fixé. Sa demande à  l’université Lyon 1 est acceptée en 2ème année de licence SVTU (il aurait pu être admis en 3ème année dans d’autres académies mais il voulait se mettre à niveau en géosciences). Les 2ème et 3ème années de licence se passent sans problème, travail continu et intense. Il est dans les 5 premiers de la promotion et a toujours beaucoup d’intérêt pour la biologie et la géologie socles de cette licence.

Jean Pierre a maintenant comme seule option le master MEEF enseignement (la filière recherche est bloquée). Il se passionne pour l’enseignement, en mars il passera l’écrit et en juin les oraux. Il passe trois concours blancs  avec l’aide de secrétaires différentes mais compétentes, c’est une première dans cette filière. Tout se passe bien, résultats prometteurs il est dans les 10 premiers d’une promo de plus de 60 regroupant Lyon et St Etienne.

L’écrit du CAPES réel arrive, la secrétaire fournie par l’IA  n’est pas compétente scientifiquement, elle souffre d’une arthrite de la main,  il doit expliquer, épeler  perdre beaucoup de temps, « Je n’ai pu dire que 50% de ce que je savais » me dit-il à l’issue des épreuves. Nous faisons un recours immédiatement auprès de l’Inspection Académique, sans réponse. Il fait finalement partie des 40% qui sont admissibles à l’écrit (on s’apercevra plus tard que c’était juste). Convoqué aux oraux à Paris du samedi au lundi, il passe l’oral 2 le dimanche matin et l’oral 1 le lundi après-midi. Plutôt émotif et malgré les nombreux entraînements les idées se percutent dans sa tête. Ses prestations sont honorables mais insuffisantes, il lui manque 4.34 points sur 120 pour être admis.

Très grosse déception liée comme on peut s’en apercevoir à sa dyspraxie et à une erreur de l’administration.

Courrier recommandé à l’IA expliquant à nouveau les circonstances de l’examen et ses conséquences et si persistance de non réponse contact avec les « défenseurs des droits ». On en est là.

Ce témoignage est fait pour montrer les difficultés rencontrées par un dyspraxique en particulier dans la scolarité. Elles existent à tous les niveaux et il faut constamment se battre pour faire valoir ses droits. Nous sommes très intéressés par vos témoignages, réactions ou vos conseils car il faut maintenant repasser le concours dans une conjoncture encore moins favorable  concernant le nombre de postes.

Pour ceux qui pourraient s’étonner  qu’un dyspraxique puisse enseigner, il faut savoir que maintenant tout se fait numériquement par diaporama préparés en amont. Pour Jean Pierre de nombreux stages en situation se sont déroulés sans difficulté majeure (lycée).

Nous réfléchissons à la façon de mieux appréhender le concours : gestion du temps, émotivité, clarté du discours et élocution. On recherche actuellement des spécialistes pour pallier ces difficultés.

Varisius

0
0
0
s2smodern